Le presbytère et ses Toiles peintes

L’ancien presbytère de Savennières est un vaste bâtiment rectangulaire, situé à deux pas de l’église sur son côté nord. Ainsi qu’en attestent les dates inscrites sur les lucarnes, il a été construit au XVIIIe siècle, en deux étapes, la partie ouest en 1718, la partie est en 1751. On remarquera à ce sujet la différence de traitement architectural des lucarnes qui montre bien qu’il s’agit de constructions d’époques différentes. Il y a d’ailleurs deux lucarnes à l’ouest et une seule à l’est. Sur celle côté est apparaît en plus de la date, un nom : « M. Halnost ». C’est celui du curé en charge de la paroisse à cette époque. On peut penser que c’est ce même M. Halnost qui a souhaité, lors de l’extension du presbytère, réserver une pièce spéciale, bien orientée au sud, pour en faire son « salon de compagnie ».

Cette vaste pièce, communément appelée « Salle des toiles peintes » abrite un ensemble exceptionnel de peintures à l’huile sur tentures. Les huit panneaux qui la constituent couvrent une longueur totale de 19,40 m sur 2,50 m de haut. Ils sont en toile de lin et chanvre posée sur baguette et constitués de bandes de 79 cm de large cousues horizontalement sur trois hauteurs. La composition générale fait penser aux « verdures » du XVIIe siècle, ces tapisseries d’Aubusson ou de Felletin où l’on retrouve des paysages largement arborés, des pièces d’eau, des maisons ou petits châteaux  et en premier plan de curieux animaux volatiles aux formes volontairement exagérées pour donner plus de relief à l’ensemble. Le tout sans aucun personnage. La qualité des couleurs, compte tenu de leur âge (elles datent des années 1770), est tout à fait remarquable, en particulier celle du bleu de Prusse, la couleur dominante. A noter aussi les bordures en deux tons de brun, pour simuler un éclairage, semblables à celles des tapisseries des Ateliers de Felletin qui devaient  à l’époque nécessairement comporter ce type de lisière brune pour les différencier de celles d’Aubusson.

Les peintures ne sont ni datées ni signées. On estime toutefois après de nombreuses recherches qu’elles ont été réalisées dans les années 1770, sur commande du curé Halnost, par le peintre Marie-Louis-Claude Coulet de Beauregard. Ce dernier était originaire d’Enghien et ancien élève de l’Académie royale. Il s’installe à Angers en 1750 et  travaille comme dessinateur en 1760 aux Ateliers d’indiennages et impressions sur toiles de Tournemine. Il crée en 1769, rue des Poêliers, l’école de dessin municipale d’Angers, mais la suppression de son allocation en 1773 par la ville l’oblige à rechercher d’autres ressources. Il propose alors toute sorte de peintures comme il l’annonce lui-même : « portrait à l’huile, tableaux d’histoire tant sacrés que profanes, tableaux d’animaux, de fleurs, de fruits pour les salles à manger, des paysages, des camaïeux de toutes couleurs… » Il pourrait donc bien être l’auteur de ces Toiles peintes.

On ne connaît pas de réalisations du même genre, bien que des tentures de même facture aient été retrouvées chez des particuliers de la région. Mais elles étaient de moindre dimension et moins bien exécutées. Ayant souvent connu des déménagements et des réfections pour s’accommoder des différentes demeures qu’elles ornaient elles ont maintenant disparues.

Les Toiles peintes de Savennières représente donc une œuvre unique, tant par la qualité de leur réalisation que par leur état exceptionnel de conservation. Aussi ont-elles été inscrites en 1987 au répertoire des Antiquités et Objets d’art du Maine-et-Loire.

Pour des questions de sécurité, la salle reste fermée au public mais des visites peuvent être programmées en s’adressant toute l’année à la mairie ou au Point d’information tourisme en juillet et août.

frise Savennieres
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